RĂ©voltĂ©s contre le plastique une nouvelle enquĂȘte dĂ©voile le rĂŽle des supermarchĂ©s dans la pollution plastique

La menace imminente que fait peser la pollution plastique est l’un des plus grands dĂ©fis de l’humanitĂ©.

Avec plus de 381 million tonnes de plastique produites chaque annĂ©e Ă  travers le monde, il n’est pas surprenant que les dĂ©chets finissent dans nos sols, lacs, riviĂšres et ocĂ©ans, ainsi qu’au sein des organismes des humains et des animaux sauvages.

La durabilitĂ© du plastique est ce qui rend son utilisation si rĂ©pandue dans tant de produits. Mais sa rĂ©sistance et sa durabilitĂ© ont Ă©galement pour consĂ©quence qu’il ne se dĂ©compose pas dans l’environnement. On estime qu’une bouteille en plastique peut prendre 450 ans Ă  se dĂ©composer en milieu marin, tandis qu’une ligne de pĂȘche peut prendre 600 ans.

Mais mĂȘme dans ce cas, cela ne disparait jamais. Le plastique se dĂ©compose en plus petits morceaux qui peuvent perdurer dans l’environnement indĂ©finiment.

Ces tout petits morceaux de plastique, souvent appelĂ©s microplastiques, peuvent ĂȘtre ingĂ©rĂ©s par des poissons et tous autres organismes marins. Cela peut gĂ©nĂ©rer beaucoup de souffrance si le plastique s’accumule dans leurs organismes au fil du temps.

Lorsqu’une baleine retrouvĂ©e mal nourrie et mourante sur la cĂŽte norvĂ©gienne dĂ» ĂȘtre euthanasiĂ©e, une autopsie rĂ©vĂ©la la prĂ©sence de 30 sacs plastiques et d’une grande quantitĂ© de dĂ©chets plastiques dans son estomac et ses intestins, ce qui provoquait des bouchons et des douleurs.

Les micro-plastiques qui se bioaccumulent dans la chaßne alimentaire et sont au final consommés par les humains (la personne moyenne ingÚre prÚs de 100 particules de plastique chaque année par la seule consommation de crustacés) peuvent également causer beaucoup de problÚmes de santé chez les gens.

Comme dans l’environnement, le plastique ne se dĂ©compose pas non plus dans le corps humain.

 

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Pourquoi il est si difficile d’acheter du sans plastique ?

Le film prĂ©sentĂ© montre deux familles et leur attitude vis Ă  vis du plastique (l’une des familles essaie de l’éviter, l’autre non) concernant l’achat de produits alimentaires.

Les deux familles acceptent de participer Ă  une expĂ©rimentation sociale au cours de laquelle elles Ă©changent leur situation pour voir quel est le mode de vie de l’autre du point de vue de la lutte contre la pollution plastique.

PrĂšs de 95% de ce que nous achetons contient une forme ou une autre d’emballage plastique affirment Jessica et Jonathan qui ont un bĂ©bĂ© s’appelant JJ.

Le couple vit dans la partie nord de Toronto au Canada, oĂč il fait ses courses Ă  No Frills, une chaine de magasin d’alimentation discount possĂ©dĂ©e par Loblaw Inc., une chaine de supermarchĂ©s canadienne disposant de magasins dans les provinces de Colombie Britannique, d’Alberta, d’Ontario et du QuĂ©bec.

Le film suit les va et vient de la famille dans leur supermarchĂ© No Frills local alors qu’ils font leurs courses alimentaires, en prĂȘtant une attention particuliĂšre Ă  la quantitĂ© de celles-ci qui sont prĂ©sentĂ©es sous emballage plastique.

Le couple, qui fait ses courses environ deux fois par semaine, explique qu’ils utilisaient auparavant des sacs rĂ©utilisables, mais plus maintenant. «Nous n’emportons jamais de sacs rĂ©utilisables,» dĂ©clare Jessica.

«On le faisait avant. Mais soudain on a juste arrĂȘté» explique Jonathan. « On est devenus paresseux, » affirme Jessica.

Les pays occidentaux rejettent leurs problĂšmes de plastique sur les pays plus pauvres

Le plastique est moins cher et plus pratique, affirme le couple. Et ils ont raison. Les supermarchés et leurs fournisseurs en sont venus à avoir recours au plastique car celui-ci est économique et résistant. Mais le terme «économique» est relatif.

Le vrai coût pour la santé humaine et environnementale des articles en plastique à usage unique est astronomique, et la charge que représentent ces coûts est répartie de maniÚre inéquitable.

Certains des plus importants producteurs au monde expĂ©dient souvent leurs dĂ©chets vers d’autres pays afin qu’ils soient recyclĂ©.

Aussi bien les États-Unis que le Canada ainsi que plusieurs pays exportaient une large part de leurs dĂ©chets plastiques en Chine, qui les achetait, les recyclait et fabriquait de nouveaux produits.

Mais l’annĂ©e derniĂšre la Chine a annoncĂ© qu’elle n’accepterait plus les importations de dĂ©chets plastiques dans le souci de protĂ©ger l’environnement et la santĂ© humaine.

Depuis 1991, prĂšs de la moitiĂ© des dĂ©chets plastiques mondiaux ont Ă©tĂ© envoyĂ©s en Chine. Puisque la Chine a dĂ©cidĂ© qu’elle ne souhaitait plus ĂȘtre la « poubelle du monde, » les experts affirment que prĂšs de 111 millions de tonnes de plastique pourraient n’avoir aucun endroit oĂč aller d’ici 2030.

Les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon et le Mexique comptaient parmi les exportateurs les plus importants de dĂ©chets plastiques en Chine.

Au lieu de s’occuper de leurs propres dĂ©chets, beaucoup de pays occidentaux ont (littĂ©ralement) rejetĂ© leur problĂšme avec le plastiques sur d’autres pays ayant peu ou aucune rĂšglementation sur la maniĂšre dont sont traitĂ©s et Ă©liminĂ©s les dĂ©chets.

Les six premiers mois suivant l’interdiction par la Chine des importations de dĂ©chets plastiques, prĂšs de la moitiĂ© des dĂ©chets plastiques exportĂ©s depuis les États-Unis pour ĂȘtre recyclĂ©s ont Ă©tĂ© expĂ©diĂ©s en ThaĂŻlande, en Malaisie et au Vietnam.

Le film montre des images exclusives, fournies par Greenpeace Ă  l’émission Marketplace de CBC News, de piles de dĂ©chets plastiques qui s’entassent en Malaisie. Les images sont rĂ©centes et ont Ă©tĂ© filmĂ©es Ă  environ une heure de Kuala Lumpur, la capitale de la Malaisie.

Enfouis parmi des monticules de dĂ©chets plastiques on retrouve des dĂ©chets plastiques provenant de certains des magasins et distributeurs canadiens les plus populaires, notamment un sac de Sobeys, un pack de lait provenant de la laiterie Scotsburn de Nouvelle-Ecosse, un sachet de pains de hamburger de la Boulangerie Ben’s et un sac de graines pour oiseaux d’une sociĂ©tĂ© de l’Ontario.

Le plus ironique dans le fait que les entreprises canadiennes se dĂ©barrassent de leurs dĂ©chets dans des lieux comme la Malaisie, est que rien dans leurs promotions publicitaires ne laisse entendre qu’ils prennent part Ă  des pratiques si destructrices pour l’environnement.

Les consommateurs ont besoin de davantage de choix sans plastique dans les supermarchés

Le film revient Ă  nouveau sur les deux familles qui ont acceptĂ© d’échanger leur situation pour voir quel est le mode de vie de l’autre du point de vue de la lutte contre la pollution plastique. Sofia, Nick et leur fille, Lyla, qui vivent Ă©galement Ă  Toronto, font de leur mieux pour adopter un mode de vie zĂ©ro dĂ©chet. Ils essaient d’ĂȘtre attentifs Ă  la quantitĂ© de dĂ©chets qu’ils gĂ©nĂšrent au quotidien.

Sofia fait les courses une fois par semaine dans des supérettes locales qui font la promotion du zéro déchet et proposent de la nourriture en vrac.

Elle essaie consciencieusement de rĂ©duire leurs dĂ©chets en utilisant des sacs de toiles pour les produits et des sacs rĂ©utilisables et d’autres contenants pour conserver les aliments.

L’échange de mode de vie s’avĂšre difficile pour Sofia car elle se sent extrĂȘmement inquiĂšte d’avoir Ă  acheter des aliments emballĂ©s dans du plastique.

Jessica et Jonathan, qui ont reçu la mission d’acheter des aliments qui ne sont pas emballĂ©s dans du plastique, ont encore plus de mal.

Lorsqu’il doit acheter du lait pour son bĂ©bĂ©, le couple remarque qu’il leur faut acheter plus de lait car celui-ci se prĂ©sente sous forme d’emballages plus petits, mais cela est aussi plus cher.

Les deux familles conviennent du fait qu’il faudrait plus d’options sans plastique. Alors pourquoi les distributeurs n’en proposent-ils pas?

Les grands distributeurs tels que Loblaws constituent une partie du problùme, ce qu’il signifie qu’ils constituent aussi une partie de la solution.

PlutĂŽt que de les critiquer pour ce qu’ils font, l’émission Marketplace de CBC News a contactĂ© Lolblaws et Sobeys et les a interrogĂ© sur ce qu’ils prĂ©voyaient de faire pour rĂ©duire les emballages en plastique.

Ni l’un, ni l’autre des distributeurs ne fĂ»t trĂšs communicatif. Sobeys n’a jamais voulu faire de commentaire, et Loblaws les a orientĂ© sur leur rapport sur la responsabilitĂ© sociale de la sociĂ©tĂ©, qui ne fournissait aucune indication sur de quelconques projets de limiter les emballages plastiques.

L’émission Marketplace de CBC News contacta les deux distributeurs Ă  plusieurs autres reprises, mais les deux refusĂšrent toute rencontre et d’évoquer les dĂ©chets plastiques.

Toutefois, l’émission est parvenue Ă  trouver un supermarchĂ© qui acceptait de parler, un distributeur qui pourrait constituer un exemple pour les supermarchĂ©s partout ailleurs.

Le film se rend Ă  Londres, en Angleterre, chez Thornton Budgens, une chaine locale de supĂ©rettes Comme au Canada, peu de plastique est recyclĂ© au Royaume-Uni d’aprĂšs le film.

Mais les consommateurs sont de plus en plus davantage prĂ©occupĂ©s par la prĂ©sence d’emballages respectueux de l’environnement que par le prix — et les magasins commencent Ă  les entendre.

Budgens, parmi les premiers au monde Ă  introduire des zones sans plastique, dispose de plus de 2000 produits sans emballage plastique. Ce qui est encore plus impressionnant c’est que le magasin a effectuĂ© ces changements en 10 petites semaines seulement.

Un distributeur local britannique passe au sans plastique en 10 semaines

Le propriĂ©taire de Thornton’s Budgens, Andrew Thornton, a dĂ©clarĂ© qu’ils avaient dĂ©cidĂ© d’agir contre la pollution plastique simplement parce qu’ils le pouvaient.

Les produits touchĂ©s par l’interdiction de tout plastique par le magasin comprennent tout ce qui va des produits frais aux Ɠufs, en passant par le poisson, le pain, le fromage et les aliments conditionnĂ©s.

Le magasin vend mĂȘme du bacon sans emballage plastique emballĂ© dans du papier et utilise un cellophane d’origine vĂ©gĂ©tale comme alternative au plastique.

Cela ressemble et se comporte comme du plastique, mais ça n’en est pas et c’est biodĂ©gradable, ce qui signifie que vous pouvez l’ajouter Ă  vos dĂ©chets alimentaires ou de jardin et que cela retournera dans la terre et fertilisera le sol.

Non seulement Budgens aide Ă  lutter contre les dĂ©chets plastiques, mais la sociĂ©tĂ© gagne Ă©galement plus d’argent. «Nous ne cherchions pas Ă  le faire pour des raisons commerciales, mais il y’a un intĂ©rĂȘt commercial, » explique Thornton.

Pour parvenir Ă  cet objectif, le magasin a travaillĂ© avec Frankie Gillard du groupe Ă©cologiste A Plastic Planet. Elle affirme que les grandes chaĂźnes de supermarchĂ©s ont le pouvoir de pousser les grandes marques Ă  passer Ă  des mĂ©thodes d’emballage plus durables.

Lolblaws et Sobeys refusent de parler des déchets plastiques

Puisque ni Loblaws ni Sobeys ne furent trÚs communicatif sur leur point de vue concernant les déchets plastiques.

L’émission Marketplace de CBC News s’est installĂ©e Ă  l’extĂ©rieur de l’un des emplacements des distributeurs Ă  Toronto pour initier un Ă©change d’un autre type. Elle a approchĂ© des clients au moment oĂč ceux-ci quittaient les enseignes et leur a demandĂ© d’examiner leurs achats.

Ceux-ci ont trouvĂ© beaucoup d’emballages plastiques. La plupart des articles dans tous les sacs des clients Ă©taient emballĂ©s dans du plastique: le pain, le fromage, les sushis, la viande et les fruits.

L’équipe de tournage Ă©change tout le plastique contre des emballages plus respectueux de l’environnement, mettant les gĂąteaux dans des bocaux en verre, les produits alimentaires dans des sacs en toile et les fruits et la viande dans des rĂ©cipients en verre.

L’équipe de tournage est parvenue Ă  remplir deux grands sacs poubelles remplis de plastique en interceptant les achats de sept clients de Loblaws seulement.

Le rĂ©sultat fut similaire chez Sobeys. Aussi bien les clients de Loblaws que de Sobeys ont affirmĂ© Ă  l’émission Marketplace de CBC News qu’ils souhaitaient plus d’options pour acheter sans plastique et qu’ils souhaitaient que les grands distributeurs agissent pour que cela soit possible.

Loblaws a fini par publier un communiquĂ© dĂ©taillant les « changements progressifs » que la sociĂ©tĂ© avait effectuĂ© jusqu’à prĂ©sent, notamment en vendant des dosettes de cafĂ© compostables Ă  service unique, en Ă©liminant les microbilles des produits d’hygiĂšne personnelle vendus sous leur propre marque et en faisant payer les clients pour leurs sacs en plastique.

Mais de toute Ă©vidence, ceux-ci pourraient faire bien plus.

Plus la sensibilisation sur la pollution plastique est renforcée, plus les entreprises vont agir pour changer.

Une sĂ©rie d’entreprises, notamment Unilever, NestlĂ© et PepsiCo, ont rĂ©cemment annoncĂ© adopter des emballages rĂ©utilisables pour certains produits en vue d’éliminer progressivement les articles en plastique Ă  usage unique.

C’est une Ă©volution importante car si nous souhaitons vraiment lutter contre la pollution plastique, nous devons arrĂȘter de l’utiliser — et pas juste continuer Ă  espĂ©rer qu’il soit recyclĂ©.

Seule une Faible Proportion du Plastique est Recyclé

Les matiĂšres plastiques peuvent, et devraient ĂȘtre recyclĂ©es, mais une Ă©tude de 2017 rĂ©vĂšle qu’un taux effarant de 91% d’entre elles ne le sont pas. Comme le rapporte National Geographic:

«La production en masse d’articles en plastique, qui a commencĂ© il y’a seulement six dĂ©cennies, s’est accĂ©lĂ©rĂ©e si rapidement qu’elle a gĂ©nĂ©rĂ© 8,3 milliards de tonnes mĂ©triques — la plupart desquelles sous forme de produits jetables qui finissent Ă  la poubelle.

Si cela vous apparaĂźt comme une quantitĂ© incomprĂ©hensible, ça l’est. MĂȘme les scientifiques qui ont entrepris d’effectuer le premier dĂ©compte mondial de la quantitĂ© de matiĂšres plastiques qui ont Ă©tĂ© produites, jetĂ©es, brĂ»lĂ©es ou mises dans des dĂ©charges furent horrifiĂ©s par l’étendue de ces chiffres…

Sur les 8,3 milliards de tonnes métriques produites, 6,3 milliards de tonnes métriques sont devenues des déchets plastiques. Sur ce total, seul 9% a été recyclé.

La grande majoritĂ© — 79% — s’accumule dans les dĂ©charges ou se dĂ©lite dans l’environnement naturel comme dĂ©tritus. Ce qui signifie que: A un certain moment, la plupart finit dans les ocĂ©ans, le rĂ©ceptacle final.»

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